Plaidoyer pour l’Eucharistie en tant que Présence réelle.

On ne doit pas se le cacher. Face à l’Eucharistie, nous sommes face à un mystère qui nous dépasse. Nos intelligences essaient de comprendre. Mais elle est souvent mal à l’aise, car elle se confronte à une limite. Ce mystère défie notre logique et nos raisonnements.   Les questions sont multiples : comment ce morceau de pain peut-il être Jésus-Christ réellement présent ? Suis-je cannibale lorsque je communie ? Manger Jésus-Christ, il doit avoir mal ? Comment peut-on être sûr que c’est le Christ, visuellement c’est toujours une hostie ? Rester une heure en silence devant un morceau de pain pour l’adoration, n’est-ce pas un peu ridicule ? …. Je vous propose dans cet article d’éclaircir ce grand mystère. Mon but n’est donc pas de juger ceux qui n’y croient pas ni de les convaincre. Nous sommes face à une démarche de foi. Mais on ne peut croire qu’en essayant de satisfaire notre intelligence.

 

Origine spirituelle du sacrement de l’Eucharistie

Tout commence la veille de la Passion. St Marc nous relate ce moment fort : « Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : « Prenez, ceci est mon corps. » Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. » (Mc 14, 22-24)

Probablement que les disciples n’ont pas compris sur le coup. Et qui pourrait les condamner ? Nous sommes le jour où les juifs célèbrent leur Pâque. Commémoration de l’agneau immolé lorsque les juifs étaient retenus captifs en Egypte. Le Christ reprend alors cette fête pour lui donner une dimension supplémentaire et ainsi l’amener à sa perfection. Le Christ prend la place de l’agneau sacrifié. Cet agneau, dont le sang était répandu sur les linteaux des portes de la demeure des Hébreux pour protéger les premiers-nés des Hébreux de la mort (Ex 12, 22-23). Le Christ devient celui qui sacrifie sa vie pour protéger son peuple de la mort éternelle. Il anticipe l’heure de la croix où ce sacrifice sera pleinement accompli.

Ce moment était très important pour le Christ. Dans le discours du Pain de vie, le Christ après avoir dit : » Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. » (Jn 6, 53-55). Beaucoup de ceux qui le suivaient le quittèrent ce jour-là le laissant seul avec les douze. Jésus préférait voir tout le monde partir plutôt que de renoncer à un seul mot de ce discours. Cela nous en montre l’importance et la dimension fondamentale de cet enseignement.

Les sacrements ce sont des paroles ou des choses que Jésus a faites. Parfois, il demande à ses disciples de les perpétuer à sa suite. Ainsi nous croyons que le Christ lui-même agit de façon particulière à travers le sacrement en raison de l’infaillibilité de sa parole. Elle est parole de Dieu. Dans le cas de l’Eucharistie, il nous redit : « Faites cela en mémoire de moi. «  (Lc 22,19). Nous sommes bien dans un sacrement qui est ni plus ni moins que celui de sa Présence réelle.

Visuellement, c’est du pain… Réellement, c’est le Fils de Dieu

Voilà la partie la plus compliquée de cet article. Nous devons, pour bien comprendre, revenir à  St Tomas d’Aquin, auteur de la théorie de la transsubstantiation ( et zut c’était trop beau). Lui-même, s’inspire d’un philosophe, Aristote (dommage, cet article était bien parti). Rassurez-vous, je vais faire simple. Dans toute chose qui existe, Aristote distingue deux choses : la substance et les accidents :

  • La substance, c’est ce que les choses sont dans leur être profond.
  • Les accidents, c’est la façon dont elles nous apparaissent (pour faire simple). Par exemple : une chaise dans sa substance reste chaise avec sa fonction, sa raison d’être : permettre aux personnes de s’asseoir. Les accidents, c’est, par exemple, une chaise en bois, en métal, sa couleur (rouge, verte, bleue…), avec 4 pieds ou 3 pieds (chaise design).

Il est clair qu’une chaise, reste une chaise, qu’elle soit verte, bleu, rouge, son design, sa forme…

Dans l’Eucharistie, lorsque le prêtre étend ses mains sur le pain et le vin, il y a changement de substance : l’être profond (la substance) change et devient Jésus (le pain devient son Corps, le vin devient son Sang). Mais les accidents restent celle du pain et du vin. Donc sous l’aspect du pain et du vin, c’est le Christ réellement présent.

Ce qui pose problème et marque la limite de notre intelligence, c’est qu’Aristote nous dit qu’un changement de substance sans changement d’accident est incompréhensible. St Thomas d’Aquin admet lui-même que nous sommes face à une limite au niveau du raisonnement. Mais il admettra que pour le moment il n’y a pas d’autre explication. Ce changement de substance ou transsubstantiation reste le meilleur moyen, intellectuellement, d’expliquer ce grand miracle, faute de mieux. Peut-être, qu’un jour, on trouvera mieux avec la recherche au niveau de la théologie et de la philosophie. Lorsque nous consommons l’hostie consacrée nous attaquons les accidents « pain » et non la substance « Christ » et nous sommes ainsi unis à Lui sans lui manquer de respect (l’hostie étant faite pour cela).

Jésus Eucharistie c’est…

  • Une présence réelle : les papes l’ont tous affirmé (François, Benoit XVI, Saint Jean-Paul II,…). L’Eucharistie n’est pas avant tout une présence symbolique. Le symbole renvoie vers quelque chose d’autre. Comment construit-il l’Eglise si elle n’est que symbolique ? Comment est-il source et sommet de l’Eglise ? En étant une Présence réelle tout simplement. Aucun symbole n’est assez puissant ou fort pour cela. C’est grâce au Christ et à sa Présence réelle et active.
  • L’Eglise : chaque personne, en recevant une hostie consacrée, reçoit le seul et unique Jésus. Comme il est en chacun de ceux qui ont communié, nous sommes tous unis en Lui, grâce à Lui. Il devient notre point commun, notre trait d’union. C’est comme cela qu’en recevant le corps du Christ, nous devenons son Corps, nous devenons Lui, nous devenons son Eglise. C’est pour cela qu’il est profondément injuste (selon moi) d’interdire ou de refuser la communion à quelqu’un. Personne ne peut interdire quelqu’un de vivre cette rencontre.
  • Un mémorial : on ne resacrifie pas le Christ à chaque Eucharistie. On rend présent le moment vécu par le Christ lors de sa crucifixion (et aussi les grâces qui y sont liées). L’unique moment de la croix, vécu il y a deux mille ans, se déroule devant nous maintenant à chaque eucharistie. La distinction entre substance et accident nous permet d’y assister sans être confrontés à une effusion de sang.
  • Revivre le mystère de l’Incarnation : communier à l’hostie consacrée, c’est recevoir Jésus réellement présent dans notre corps. Le mystère de l’Incarnation, c’est vivre une union et une proximité avec Lui sans précédent. Comme celle que la Vierge Marie a vécue pendant neuf mois. Nous, nous la vivons pendant quelques minutes.

Conclusion.

On pourrait encore ajouter pas mal de points à cet article. Sans présence réelle, l’Eucharistie perd tout son sens. Mais il est encore plus dommage que certaines personnes du monde catholique romain enseignent à penser que la présence réelle n’existe pas (parfois même chez les prêtres). Nous avons le devoir, à notre niveau, de nous accrocher à cette vérité sans chercher le conflit. Comme je le dis toujours, nous n’avons pas le devoir d’être d’accord avec tout le monde.

Les citations bibliques sont issues du Site aelf.org

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