Saison 1, épisode huit : le plus beau jour de ma vie. Prêtre, un homme comme les autres ?

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Tantôt, il est en quelque sorte la vedette locale. Parfois, il devient l’ennemi quand il remet les pendules à l’heure. L’image que l’on a du prêtre peut varier d’une personne à l’autre et surtout d’un moment à l’autre. Le décalage entre l’image et la réalité provoque chez les paroissiens de vifs émois. Mais, c’est aussi le cas pour le prêtre qui reste avant tout un homme. Regardons ça de plus près…

Un homme avec son histoire et sa façon d’être.

Vous pouvez prendre tous les prêtres de la terre, il n’en existe pas deux identiques. Traditionnel, charismatique ou tradismatique (mix entre le traditionalisme et le charismatique), il faut avant tout être conscient qu’à la base, il est un homme comme les autres. Le prêtre est avant tout un baptisé qui dans son histoire a fait l’objet d’un appel. On ne nait pas prêtre, on le devient.

Prenons un exemple : lorsqu’un menuisier décide de sculpter une table, dans son imagination, il a déjà une image de la table. Après cela, il va devoir choisir le bois adéquat pour réaliser son oeuvre. Table en chêne sculpté pour orner l’intérieur luxueux d’un château, table purement fonctionnelle pour le grand public, ça reste toujours la même utilisation mais dans des milieux différents. C’est pareil avec Dieu lorsqu’il appelle quelqu’un au sacerdoce. Il y a l’image qui est le projet de Dieu sur l’appelé et la matière première qui est le poids de son vécu. Le prêtre vivra son ministère avec tout le poids de son vécu. On peut apprécier, on peut parfois moins apprécier. Mais si le Seigneur a décidé d’en faire l’un de ses ministres, c’est qu’Il savait ce qu’il faisait. C’est aussi qu’Il avait un plan pour lui. Le reste est une affaire de discernement : quel ministère, quelle mission, c’est bien souvent à découvrir avec l’exercice du ministère lui-même mais aussi avec les talents particuliers que son vécu lui aura procurés.

L’homme partagé entre vie publique et privée.

La frontière n’est pas évidente à trouver. Par moments, le prêtre occupe une place centrale visible de tous. Il n’est pas le seul dans ce cas. Sa personne et sa vie sont souvent exposés et scrutés par les autres. Même dans la sphère privée, lorsqu’il est dans son presbytère, des personnes se présentent à lui pour diverses demandes. On aime d’un prêtre qu’il soit disponible. En effet, il doit l’être. Le danger qu’il encourt, c’est une division dans son unité de vie.

Dans l’évangile selon St Marc, on peut lire :  » Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger. » (Mc 6, 31). Il est absolument nécessaire de tenir cet espace privé. Jeune prêtre, on pourrait avoir ce désir de réussir à tout faire. On dit souvent : « le prêtre, un autre Christ ». Expression dangereuse voire mortelle pour la vie sacerdotale. Savoir dire non est un acte de liberté essentiel. C’est même le premier acte de liberté que l’être humain peut poser. Il n’y a qu’un seul Jésus digne de ce nom. Le prêtre ne fait que le suivre. Il est un homme disponible, mais qui a besoin de temps pour lui. Celui qui se donne mal, ne se donne pas longtemps. Le lieu privé qui est physique, spirituel et temporel (au niveau de l’horaire) est essentiel pour être bien dans sa tête et dans son coeur.

Celui qui n’est pas seul…

C’est une image d’Eglise d’autrefois. Le prêtre dans son église, seul, faisant tout sans avoir besoin de personne ou de très peu de monde. Aujourd’hui, se conforter dans cette image est une erreur. La place et le rôle du prêtre a énormément changé. Il se situe au carrefour de l’humanité. Beaucoup de personnes en souffrance physique, morale ou spirituelle se présentent à lui. Un prêtre a forcément des connaissances particulières, mais il n’est pas spécialiste de tout. Un ministère réussi, c’est avant tout celui qui s’entoure d’autres personnes et surtout de laïcs qui l’assistent dans son ministère. Il y a des trésors de talents parmi les laïcs qui sont des chances pour l’Eglise. Le prêtre n’est pas seul, il travaille avec ses frères. Tout ministère est une collaboration à celui du Christ.

Celui qui rend présent le Christ

Le prêtre n’est pas une superstar. Il est avant tout un serviteur qui s’efface devant son maître. C’est bien là son rôle principal. Rendre le Christ présent dans tout ce qu’il fait. Le prêtre est celui qui, plus que jamais, doit favoriser l’action divine. Il est comme un outil. Lorsqu’on est face un beau tableau, on ne félicite pas le pinceau, mais le peintre. Le prêtre est celui qui renvoie toujours au Christ tout comme Lui-même renvoyait tout à son Père du ciel.

Un grand moment de la vie du prêtre, c’est l’Eucharistie. C’est là qu’il a la possibilité de Le rendre réellement présent. C’est un grand miracle. Il étend les mains sur le pain et le vin en récitant la prière de consécration et Il est là. C’est un grand miracle mais aussi une grande responsabilité pour le prêtre. Sa vie doit être conforme à ce qu’il célèbre, et pourtant il n’est qu’un pauvre homme qui, lui aussi, à le droit à l’erreur et à la chute. Mais un prêtre à la réputation sulfureuse, est grand dommage. Ça démolit l’Eglise et décourage un grand nombre de fidèles. Raison de plus pour avoir les yeux fixés sur le Christ plutôt que sur ses serviteurs

Le prêtre, un homme de prière

C’est bien là le cœur de sa vie, la relation avec le Christ. Cette vie de prière est son lieu source, l’endroit où il reprend des forces. Un prêtre qui ne prie pas risquerait de devenir un fonctionnaire. Celui qui fait son travail contre salaire, le gendarme qui fait respecter les règles ou la doctrine. Le prêtre est avant tout l’homme de l’invisible. Celui qui aime le Christ, qui essaie de mieux le connaitre pour mieux l’aimer et le faire aimer. Si ça passe par l’étude, la lecture de livres spirituels, ça passe aussi par la prière. C’est grâce à cette relation personnelle avec le Seigneur que le ministère lui-même devient source de sa spiritualité.

Conclusion

Être prêtre, ce n’est pas facile tous les jours. Mais en même temps, si le Seigneur nous a appelés à ce beau ministère, c’est pour un plus grand bonheur. C’est une grande joie pour moi de montrer le visage du Christ aux gens, un visage d’amour et de miséricorde. Selon moi, le prêtre qui fait cela, a un ministère complètement réussi. Pour ma part, je garde ce verset biblique en tête où Jésus parle des scribes et des pharisiens : « Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. » C’est ma règle et la seule : ne jamais alourdir le fardeau des personnes que je rencontre et le plus possible, les en soulager.