L’action de l’Eglise repose sur la fraternité.

Dans l’évangile selon St Marc (6,7-13), nous pouvons lire :  » Jésus appela les Douze ; alors il commença à les envoyer en mission deux par deux. »
Cela nous semble normal, la mission est essentielle dans la vie de l’Eglise. En revanche, on peut se demander pourquoi deux par deux ? Et aussi pourquoi dans une certaine précarité ?

 

Deux par deux ?

On peut évoquer plusieurs explications. Nous connaissons tous l’expression : « A deux, on est plus fort ». Il est certain que, en cas de découragement, l’autre peut être un soutien. La solitude peut être bonne dans certains moments. Mais le Christ savait que la mission ne serait pas facile.

On pourrait aussi dire que si l’un des deux dévie de sa mission ou fait une bêtise, l’autre peut le rattraper et le ramener à la réalité. C’est ce qu’on appelle la correction fraternelle. Mais celle-ci ne doit pas devenir de la dénonciation ou critique. Cette démarche doit se faire dans la douceur.

Mais nous devons admettre que, dans les deux cas cités, le groupe de deux peut être entrainé dans la même spirale. En effet, les deux peuvent être découragés. Ils peuvent également se mettre d’accord pour dévier de la mission par volonté ou par erreur.

Le huitième sacrement.

A mon avis, Jésus veut nous montrer que l’action de son Eglise doit être d’abord basée sur la fraternité. Ici, nous sommes dans l’annonce de la Bonne Nouvelle. Jésus refuse que ce soit juste du bourrage ou une annonce pure et dure (je fais mon job et puis c’est tout).

La suite de l’Evangile nous montre également qu’Il les envoie dans une certaine dépendance. Beaucoup de spirituels diront qu’il s’agit de faire confiance en la Providence. Mais nous devons admettre que la Providence repose également sur la fraternité. En effet, si vous êtes mauvais avec les autres, quand vous êtes dans le besoin, il est fort probable qu’ils ne vous donneront pas ce qui vous manque pour continuer votre route.

Jésus institue donc une école où on apprend l’exercice de la bonté et de la charité. S’il y a sept sacrements dans l’Eglise, personnellement, j’en rajouterais un huitième : le sacrement du frère.

La base de l’action de toute l’Eglise.

Nous avons déjà pu le constater. A chaque fois qu’un prêtre ou un chrétien commet une erreur ou est source de scandale, c’est l’institution qui est pointée du doigt. Et l’action de l’Eglise, que ce soit la catéchèse, les sacrements, l’annonce de la Bonne Nouvelle, tout devient impossible. Cela pousse également les gens à ne plus croire, voire même à quitter l’Eglise ou à renier leur foi. Ces manquements sont souvent un défaut de charité. Les disputes et les critiques dans le clergé sont le signe de ce défaut de charité qui se traduit dans l’échec de la fraternité.

Conclusion.

Nous devons une fois de plus admettre que le Christ veut que la fraternité soit la base de notre action. Si l’Eglise veut exercer sa mission, de façon générale ou individuelle, elle doit d’abord être fraternelle. Citons cette phrase bien connue du bienheureux Charles de Foucauld :  » Je veux habituer tous les habitants, chrétiens, musulmans, juifs et idolâtres, à me regarder comme leur frère, le frère universel. » (Lettre à Mme de Bondy, 7 janvier 1902). Il n’a jamais d’ailleurs converti qui que ce soit durant sa vie. Mais nous devons constater les fruits immenses que cela porte aujourd’hui dans le monde.

 Les versets bibliques sont des issus de aelf.org 

Saison 1, épisode huit : le plus beau jour de ma vie. Prêtre, un homme comme les autres ?

Mon témoignage: Podcast et Youtube

Tantôt, il est en quelque sorte la vedette locale. Parfois, il devient l’ennemi quand il remet les pendules à l’heure. L’image que l’on a du prêtre peut varier d’une personne à l’autre et surtout d’un moment à l’autre. Le décalage entre l’image et la réalité provoque chez les paroissiens de vifs émois. Mais, c’est aussi le cas pour le prêtre qui reste avant tout un homme. Regardons ça de plus près…

Un homme avec son histoire et sa façon d’être.

Vous pouvez prendre tous les prêtres de la terre, il n’en existe pas deux identiques. Traditionnel, charismatique ou tradismatique (mix entre le traditionalisme et le charismatique), il faut avant tout être conscient qu’à la base, il est un homme comme les autres. Le prêtre est avant tout un baptisé qui dans son histoire a fait l’objet d’un appel. On ne nait pas prêtre, on le devient.

Prenons un exemple : lorsqu’un menuisier décide de sculpter une table, dans son imagination, il a déjà une image de la table. Après cela, il va devoir choisir le bois adéquat pour réaliser son oeuvre. Table en chêne sculpté pour orner l’intérieur luxueux d’un château, table purement fonctionnelle pour le grand public, ça reste toujours la même utilisation mais dans des milieux différents. C’est pareil avec Dieu lorsqu’il appelle quelqu’un au sacerdoce. Il y a l’image qui est le projet de Dieu sur l’appelé et la matière première qui est le poids de son vécu. Le prêtre vivra son ministère avec tout le poids de son vécu. On peut apprécier, on peut parfois moins apprécier. Mais si le Seigneur a décidé d’en faire l’un de ses ministres, c’est qu’Il savait ce qu’il faisait. C’est aussi qu’Il avait un plan pour lui. Le reste est une affaire de discernement : quel ministère, quelle mission, c’est bien souvent à découvrir avec l’exercice du ministère lui-même mais aussi avec les talents particuliers que son vécu lui aura procurés.

L’homme partagé entre vie publique et privée.

La frontière n’est pas évidente à trouver. Par moments, le prêtre occupe une place centrale visible de tous. Il n’est pas le seul dans ce cas. Sa personne et sa vie sont souvent exposés et scrutés par les autres. Même dans la sphère privée, lorsqu’il est dans son presbytère, des personnes se présentent à lui pour diverses demandes. On aime d’un prêtre qu’il soit disponible. En effet, il doit l’être. Le danger qu’il encourt, c’est une division dans son unité de vie.

Dans l’évangile selon St Marc, on peut lire :  » Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger. » (Mc 6, 31). Il est absolument nécessaire de tenir cet espace privé. Jeune prêtre, on pourrait avoir ce désir de réussir à tout faire. On dit souvent : « le prêtre, un autre Christ ». Expression dangereuse voire mortelle pour la vie sacerdotale. Savoir dire non est un acte de liberté essentiel. C’est même le premier acte de liberté que l’être humain peut poser. Il n’y a qu’un seul Jésus digne de ce nom. Le prêtre ne fait que le suivre. Il est un homme disponible, mais qui a besoin de temps pour lui. Celui qui se donne mal, ne se donne pas longtemps. Le lieu privé qui est physique, spirituel et temporel (au niveau de l’horaire) est essentiel pour être bien dans sa tête et dans son coeur.

Celui qui n’est pas seul…

C’est une image d’Eglise d’autrefois. Le prêtre dans son église, seul, faisant tout sans avoir besoin de personne ou de très peu de monde. Aujourd’hui, se conforter dans cette image est une erreur. La place et le rôle du prêtre a énormément changé. Il se situe au carrefour de l’humanité. Beaucoup de personnes en souffrance physique, morale ou spirituelle se présentent à lui. Un prêtre a forcément des connaissances particulières, mais il n’est pas spécialiste de tout. Un ministère réussi, c’est avant tout celui qui s’entoure d’autres personnes et surtout de laïcs qui l’assistent dans son ministère. Il y a des trésors de talents parmi les laïcs qui sont des chances pour l’Eglise. Le prêtre n’est pas seul, il travaille avec ses frères. Tout ministère est une collaboration à celui du Christ.

Celui qui rend présent le Christ

Le prêtre n’est pas une superstar. Il est avant tout un serviteur qui s’efface devant son maître. C’est bien là son rôle principal. Rendre le Christ présent dans tout ce qu’il fait. Le prêtre est celui qui, plus que jamais, doit favoriser l’action divine. Il est comme un outil. Lorsqu’on est face un beau tableau, on ne félicite pas le pinceau, mais le peintre. Le prêtre est celui qui renvoie toujours au Christ tout comme Lui-même renvoyait tout à son Père du ciel.

Un grand moment de la vie du prêtre, c’est l’Eucharistie. C’est là qu’il a la possibilité de Le rendre réellement présent. C’est un grand miracle. Il étend les mains sur le pain et le vin en récitant la prière de consécration et Il est là. C’est un grand miracle mais aussi une grande responsabilité pour le prêtre. Sa vie doit être conforme à ce qu’il célèbre, et pourtant il n’est qu’un pauvre homme qui, lui aussi, à le droit à l’erreur et à la chute. Mais un prêtre à la réputation sulfureuse, est grand dommage. Ça démolit l’Eglise et décourage un grand nombre de fidèles. Raison de plus pour avoir les yeux fixés sur le Christ plutôt que sur ses serviteurs

Le prêtre, un homme de prière

C’est bien là le cœur de sa vie, la relation avec le Christ. Cette vie de prière est son lieu source, l’endroit où il reprend des forces. Un prêtre qui ne prie pas risquerait de devenir un fonctionnaire. Celui qui fait son travail contre salaire, le gendarme qui fait respecter les règles ou la doctrine. Le prêtre est avant tout l’homme de l’invisible. Celui qui aime le Christ, qui essaie de mieux le connaitre pour mieux l’aimer et le faire aimer. Si ça passe par l’étude, la lecture de livres spirituels, ça passe aussi par la prière. C’est grâce à cette relation personnelle avec le Seigneur que le ministère lui-même devient source de sa spiritualité.

Conclusion

Être prêtre, ce n’est pas facile tous les jours. Mais en même temps, si le Seigneur nous a appelés à ce beau ministère, c’est pour un plus grand bonheur. C’est une grande joie pour moi de montrer le visage du Christ aux gens, un visage d’amour et de miséricorde. Selon moi, le prêtre qui fait cela, a un ministère complètement réussi. Pour ma part, je garde ce verset biblique en tête où Jésus parle des scribes et des pharisiens : « Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. » C’est ma règle et la seule : ne jamais alourdir le fardeau des personnes que je rencontre et le plus possible, les en soulager.

Plaidoyer pour l’Eucharistie en tant que Présence réelle.

On ne doit pas se le cacher. Face à l’Eucharistie, nous sommes face à un mystère qui nous dépasse. Nos intelligences essaient de comprendre. Mais elle est souvent mal à l’aise, car elle se confronte à une limite. Ce mystère défie notre logique et nos raisonnements.   Les questions sont multiples : comment ce morceau de pain peut-il être Jésus-Christ réellement présent ? Suis-je cannibale lorsque je communie ? Manger Jésus-Christ, il doit avoir mal ? Comment peut-on être sûr que c’est le Christ, visuellement c’est toujours une hostie ? Rester une heure en silence devant un morceau de pain pour l’adoration, n’est-ce pas un peu ridicule ? …. Je vous propose dans cet article d’éclaircir ce grand mystère. Mon but n’est donc pas de juger ceux qui n’y croient pas ni de les convaincre. Nous sommes face à une démarche de foi. Mais on ne peut croire qu’en essayant de satisfaire notre intelligence.

 

Origine spirituelle du sacrement de l’Eucharistie

Tout commence la veille de la Passion. St Marc nous relate ce moment fort : « Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : « Prenez, ceci est mon corps. » Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. » (Mc 14, 22-24)

Probablement que les disciples n’ont pas compris sur le coup. Et qui pourrait les condamner ? Nous sommes le jour où les juifs célèbrent leur Pâque. Commémoration de l’agneau immolé lorsque les juifs étaient retenus captifs en Egypte. Le Christ reprend alors cette fête pour lui donner une dimension supplémentaire et ainsi l’amener à sa perfection. Le Christ prend la place de l’agneau sacrifié. Cet agneau, dont le sang était répandu sur les linteaux des portes de la demeure des Hébreux pour protéger les premiers-nés des Hébreux de la mort (Ex 12, 22-23). Le Christ devient celui qui sacrifie sa vie pour protéger son peuple de la mort éternelle. Il anticipe l’heure de la croix où ce sacrifice sera pleinement accompli.

Ce moment était très important pour le Christ. Dans le discours du Pain de vie, le Christ après avoir dit : » Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. » (Jn 6, 53-55). Beaucoup de ceux qui le suivaient le quittèrent ce jour-là le laissant seul avec les douze. Jésus préférait voir tout le monde partir plutôt que de renoncer à un seul mot de ce discours. Cela nous en montre l’importance et la dimension fondamentale de cet enseignement.

Les sacrements ce sont des paroles ou des choses que Jésus a faites. Parfois, il demande à ses disciples de les perpétuer à sa suite. Ainsi nous croyons que le Christ lui-même agit de façon particulière à travers le sacrement en raison de l’infaillibilité de sa parole. Elle est parole de Dieu. Dans le cas de l’Eucharistie, il nous redit : « Faites cela en mémoire de moi. «  (Lc 22,19). Nous sommes bien dans un sacrement qui est ni plus ni moins que celui de sa Présence réelle.

Visuellement, c’est du pain… Réellement, c’est le Fils de Dieu

Voilà la partie la plus compliquée de cet article. Nous devons, pour bien comprendre, revenir à  St Tomas d’Aquin, auteur de la théorie de la transsubstantiation ( et zut c’était trop beau). Lui-même, s’inspire d’un philosophe, Aristote (dommage, cet article était bien parti). Rassurez-vous, je vais faire simple. Dans toute chose qui existe, Aristote distingue deux choses : la substance et les accidents :

  • La substance, c’est ce que les choses sont dans leur être profond.
  • Les accidents, c’est la façon dont elles nous apparaissent (pour faire simple). Par exemple : une chaise dans sa substance reste chaise avec sa fonction, sa raison d’être : permettre aux personnes de s’asseoir. Les accidents, c’est, par exemple, une chaise en bois, en métal, sa couleur (rouge, verte, bleue…), avec 4 pieds ou 3 pieds (chaise design).

Il est clair qu’une chaise, reste une chaise, qu’elle soit verte, bleu, rouge, son design, sa forme…

Dans l’Eucharistie, lorsque le prêtre étend ses mains sur le pain et le vin, il y a changement de substance : l’être profond (la substance) change et devient Jésus (le pain devient son Corps, le vin devient son Sang). Mais les accidents restent celle du pain et du vin. Donc sous l’aspect du pain et du vin, c’est le Christ réellement présent.

Ce qui pose problème et marque la limite de notre intelligence, c’est qu’Aristote nous dit qu’un changement de substance sans changement d’accident est incompréhensible. St Thomas d’Aquin admet lui-même que nous sommes face à une limite au niveau du raisonnement. Mais il admettra que pour le moment il n’y a pas d’autre explication. Ce changement de substance ou transsubstantiation reste le meilleur moyen, intellectuellement, d’expliquer ce grand miracle, faute de mieux. Peut-être, qu’un jour, on trouvera mieux avec la recherche au niveau de la théologie et de la philosophie. Lorsque nous consommons l’hostie consacrée nous attaquons les accidents « pain » et non la substance « Christ » et nous sommes ainsi unis à Lui sans lui manquer de respect (l’hostie étant faite pour cela).

Jésus Eucharistie c’est…

  • Une présence réelle : les papes l’ont tous affirmé (François, Benoit XVI, Saint Jean-Paul II,…). L’Eucharistie n’est pas avant tout une présence symbolique. Le symbole renvoie vers quelque chose d’autre. Comment construit-il l’Eglise si elle n’est que symbolique ? Comment est-il source et sommet de l’Eglise ? En étant une Présence réelle tout simplement. Aucun symbole n’est assez puissant ou fort pour cela. C’est grâce au Christ et à sa Présence réelle et active.
  • L’Eglise : chaque personne, en recevant une hostie consacrée, reçoit le seul et unique Jésus. Comme il est en chacun de ceux qui ont communié, nous sommes tous unis en Lui, grâce à Lui. Il devient notre point commun, notre trait d’union. C’est comme cela qu’en recevant le corps du Christ, nous devenons son Corps, nous devenons Lui, nous devenons son Eglise. C’est pour cela qu’il est profondément injuste (selon moi) d’interdire ou de refuser la communion à quelqu’un. Personne ne peut interdire quelqu’un de vivre cette rencontre.
  • Un mémorial : on ne resacrifie pas le Christ à chaque Eucharistie. On rend présent le moment vécu par le Christ lors de sa crucifixion (et aussi les grâces qui y sont liées). L’unique moment de la croix, vécu il y a deux mille ans, se déroule devant nous maintenant à chaque eucharistie. La distinction entre substance et accident nous permet d’y assister sans être confrontés à une effusion de sang.
  • Revivre le mystère de l’Incarnation : communier à l’hostie consacrée, c’est recevoir Jésus réellement présent dans notre corps. Le mystère de l’Incarnation, c’est vivre une union et une proximité avec Lui sans précédent. Comme celle que la Vierge Marie a vécue pendant neuf mois. Nous, nous la vivons pendant quelques minutes.

Conclusion.

On pourrait encore ajouter pas mal de points à cet article. Sans présence réelle, l’Eucharistie perd tout son sens. Mais il est encore plus dommage que certaines personnes du monde catholique romain enseignent à penser que la présence réelle n’existe pas (parfois même chez les prêtres). Nous avons le devoir, à notre niveau, de nous accrocher à cette vérité sans chercher le conflit. Comme je le dis toujours, nous n’avons pas le devoir d’être d’accord avec tout le monde.

Les citations bibliques sont issues du Site aelf.org